Les idéaux de beauté (et ses évolutions) au Japon.

Il y a quelques mois, j’ai terminé deux livres traitant d’une manière générale de l’esthétisme au Japon : le très connu L’Eloge de l’Ombre de Junichirô Tanizaki et  Esthétiques du Quotidien au Japon, un recueil d’articles écrits par divers spécialistes de la culture japonaise.

J’ai de plus en plus l’impression que ces temps-ci, les seules images des Japonaises que nous recevons sont celles-ci :

(Le magazine est Popteen, je n’ai cependant aucune idée de qui a pris la photo)

Des Japonaises portant des circle lenses, des faux-cils, du fard à paupière et du gloss irisés, ainsi qu’un contouring parfaitement exécuté.

Elles existent, oui, mais il n’y a pas qu’elles. Au Japon, j’ai été fascinée par les femmes de Ginza. Je généralise en les appelant les « femmes de Ginza« , car le type de vêtement, de maquillage et de coiffure portés se retrouve beaucoup dans ce quartier huppé. J’y ai souvent rencontré des Japonaises très raffinées. Elles portent généralement des jupes arrivant au genou ou au-dessus du genou (je rappelle qu’au Japon, dénuder ses jambes n’est pas mal vu. C’est le cou qui évoque l’érotisme.), des chemisiers aux textures légères et aux couleurs neutres, des colliers de perles et des chaussures à talon. Leur coiffure ne bougent pas d’un pli, ainsi que leur maquillage qui ne coule pas. On dirait qu’elles ne connaissent ni la transpiration (37° et un taux d’humidité très élevé lors de mon voyage), ni les affres du quotidien.

Je ne dis pas qu’elles sont au summum de la perfection en toutes circonstances, cependant cette élégance et ce raffinement m’ont profondément touchée. A mon sens, cette fameuse croyance qui portent à croire que ce sont les Françaises qui sont élégantes est complètement erronée. C’est au Japon que cette croyance s’appliquerait bien mieux (et peut-être dans d’autres pays d’Asie, mais n’ayant pas encore mis les pieds dans les autres, je m’en tiendrai à ce que je sais déjà). Je ne cherche nullement à faire l’apologie d’un pays, ceci étant un simple constat.

Après cette longue introduction, passons à l’histoire :

La clarté de la peau si appréciée n’est pas à l’origine une histoire de propension aux taches pigmentaires. Au Japon, les pièces sont sombres, contrairement en Occident où l’on aime la clarté en étalant des objets dorés, des lustres en diamant qui reflète la lumière (il suffit de s’imaginer Versailles)…

Tout n’est question que de contrastes : les pièces étant peu éclairées, ainsi les visages pâles n’en ressortent que mieux. Ils se détachent du reste de la pièce.

Le visage blanchi est resté un canon de beauté qui n’a perceptiblement pas changé au cours des siècles (je n’inclus pas le phénomène ganguro -soit avoir la peau bronzée- comme étant assez important pour avoir changé ce canon de beauté; au contraire, ce phénomène s’est même essoufflé).

Tout comme en Europe, le Japon a connu plusieurs modes telles que les sourcils fins et longs (vers 1100), les sourcils plus imposants et arqués, des mouches rouges dessinées sur le front entre les sourcils et de part et d’autre de la bouche (vers 710), la bouche tantôt menue tantôt pleine… Sous l’ère Edo (1603-1868), le « peuple » se met à son tour au maquillage. Les femmes se rasent les sourcils (pratique courante de nos jours, on trouve dans les combinis des rasoirs spécialiement dédiés à cette partie du visage) ou s’e les épilent, après le mariage ou le premier enfant en prouvant leur fidélité. Cependant si l’homme a une concubine, celle-ci doit garder ses sourcils pour montrer l’infériorité de son rang par rapport à l’épouse en titre.

Le fait de se laquer les dents en noir permet de « se différencier des esclaves et des animaux ».

Le but du maquillage est de se créer un masque qui permet de retrancrire une inexpressivité. Montrer ses sentiments n’est pas de mise.

De plus, au XIIème, les hommes prennent part au maquillage, ils se laquent les dents (jusqu’à l’époque Edo) et se parfument aussi. La raison étant qu’il ne faudrait pas indisposer son ennemi lors d’un combat. Même dans les situations les plus inhumaines, il y a toujours une part de politesse envers l’autre. Se maquiller n’est pas seulement un masque, mais aussi une façon de se montrer sous son meilleur jour, de ne pas imposer à l’autre une mauvaise odeur, ou encore de faire un effort pour être présentable.

Sous l’ère Meiji (1868-1912), il n’est plus à la mode de se laquer les dents en noir, et les eaux de toilettes et crèmes de soin sont en vogue (la culture occidentale est passée par là). Quant au maquillage, il imite le visage des Occidentales : accentuer l’arête du nez et suggérer une double paupière en sont des exemples.

De nos jours, les Japonaises se sont permis plus d’excentricité. Malgré tout, je tiens à souligner que non, toutes les Japonaises ne se débrident pas les yeux, et que non, porter des circle lenses n’est forcément pas une imitation du modèle caucasien. Au Japon, les sentiments passent par les yeux, et non par les lèvres comme c’est le cas en Occident (d’où par exemple, la différence entre les smileys américains type  » : ) / : ( / : D » et les smileys asiatique type « ^-^/ o_o / @_@ »).

Je vous conseille vivement les lectures ci-dessous si vous désirez approfondir le sujet et découvrir plus généralement l’esthétisme japonais (qui est passionant en tout point).

P-S : La photo principale de l’article est celle de l’actrice Aoi Miyazaki.

 

Sources : Esthétiques du Quotidien au Japon sous la direction de Jean-Marie Bouissou

Pour aller plus loin : L’Eloge de l’Ombre de Junichirô Tanizaki, Le Miroir des Courisanes de Sawako Ariyoshi

Crédit Photo : Bruno, tous droits réservés

5 commentaires

  1. Merci pour cet article très intéressant et surtout pour avoir montré que les japonaises ne ressemblent pas toutes à ces photos de magazines :-) (personnellement je ne suis pas fan de ces looks avec grands yeux « redessinés »). J’aime beaucoup Miyazaki Aoi, excellente actrice et très jolie avec peu de maquillage.

    1. Héhé, j’aime me battre contre les préjugés ! :D. Je n’aime pas particulièrement les généralisations, du coup, « croire que les Asiatiques veulent ressembler aux Européens » me fait hérisser les cheveux sur la tête !

      Je n’ai vu Miyazaki Aoi jouer que dans le premier Nana, cependant son adorable minois m’a vite charmée (au point que j’ai collectionné un temps des photos d’elle).

  2. Perso, je voue un culte aux geisha. C’est dit. Elles représentent pour moi le summum de la beauté et de la grâce.
    Enfin, merci d’avoir éclairci les choses, ça fait du bien d’entendre du vrai ! Je n’aime pas les circle lens, ça fait faux. (et niais, mais ce n’est que mon point de vue)

  3. J’ai pris note des 2 ouvrages car la beauté des asiatiques me fascine.

  4. ahhhh le débridage des yeux, c’est devenu tellement normal que les mères le proposent a leur fille à l’adolescence

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