Lost in translation ? Prenez le métro.

Lorsqu’il fait chaud, lorsque les rues semblent infiniment longues, écrasées par la canicule d’août ou les neiges d’hivers, lorsque les pieds souffrent, lorsque la peau cuit : buvez de l’eau ! Mais vous pouvez aussi prendre le métro. Dans toutes les grandes villes du monde, Tokyo n’échappant pas à la règle, le métro est l’un des moyens de transport les plus rapides, les plus sûrs, les plus pratiques pour se rendre d’un point A à un point B. Et je pèse mes mots : contrairement à une certaine régie parisienne dont un grand nombre d’entre vous (plus votre fidèle serviteur) dépendent, le métro tokyoïte est exemplaire de régularité et d’efficacité.

Descendre dans le ventre de la capitale nippone est une expérience totale pour les cinq sens. Bon, j’exagère un peu : contrairement à nos habitudes occidentales, l’odorat est un peu délaissé. A Tokyo, le métro ne sent rien, absolument rien, à part une vague odeur exotique à laquelle nous nous ne sommes pas habitués (certains prétendent que c’est l’odeur du propre). En réalité, c’est limite flippant de ne pas pouvoir se repérer aux odeurs, ce doux mélange de transpiration, d’urine et de moisissure. Certains jours, par 37° à l’ombre, cela m’a manqué. Heureusement, cet énorme défaut olfactif est comblé par un autre sens : le toucher. Dans le métro (pour la suite de l’article il va falloir que je trouve un synonyme), il ne faut pas avoir peur de mettre les doigts, la main, les pieds. Les mains courantes sont réellement là pour s’y agripper, non pas que les escalators soient plus dangereux qu’ailleurs, mais l’occidental médusé ne peut s’empêcher de tenir fermement ce rail de caoutchouc noir « vrai de vrai, je peux poser ma main sans risquer de choper un truc grave et pas bon pour ma santé ? » Oui monsieur (ou madame) ! Vous le pouvez ! Et en bonus, si vous avez de la chance, vous croiserez, en sens inverse, un employé du métropolitain qui, armé de sa petite serviette désinfectante, remontera l’escalier mécanique dans l’autre sens avec l’air très concentré du nettoyeur qui ne veut laisser aucune trace sur la rampe. C’est beau la minutie orientale.

Et les autres sens, le goût, l’ouïe, la vue ? Pour le goût, il ne faut quand même pas exagérer : les métros japonais sont propres, au point que l’on a envie de s’y rouler par terre (on pourrait même y pique niquer à même le sol), mais quand même pas au point de les lécher (quoique…). Alors, pour compenser, vous trouverez un peu partout des distributeurs de… Kirin Milk Tea ! (Je sais, la cure de désintox s’est mal passée…) Les petites échoppes où se restaurer ne sont pas non plus ce qui manque. Au niveau de l’ouïe, je ne sais pas. Je ne parle pas japonais, donc il faudra demander à Sarah ce qu’ils racontaient dans les hauts-parleurs. Il ne me semble toutefois pas qu’il ait été question du refrain « Attentif ensemble », pour une raison toute bête : les Japonais sont fous, je ne vous apprends rien. Une preuve ? Combien de fois ai-je vu des passagers s’endormir avec leur iPhone sur le genou ? Combien de fois ai-je vu des jeunes se lever de leur siège pour laisser la place à une femme enceinte, une personne âgée ? Combien de fois ai-je vu des cabas, des sacs à dos, des sacs à main grands ouverts ? Plein ! Combien de fois ai-je vu des personnes porter ridiculement leur sac à ventre sur le dos, euh, pardon, leur sac à dos sur le ventre ? Tous les jours ! Mais c’étaient toujours des touristes occidentaux (qui a dit « majoritairement français ? »), car si le ridicule ne tue pas, au moins rend-il inutilement paranoïaque. Un métro sans pickpockets ? Un métro où vous pouvez vous endormir sans crainte de vous réveiller dépouillé(e)s de tous vos biens ? Un métro que vous n’avez pas peur de prendre seul (et surtout seule) à des heures sombres de la nuit ? Les Parisiens en rêvaient, les Japonais l’ont fait.

Heureusement, petite vengeance : le métro tokyoïte n’est pas parfait. Ouf, l’honneur est sauf. Déjà, il est impossible de gruger le tourniquet parce qu’il y a toujours un employé chargé de surveiller les portiques. En plus de nous empêcher de nous adonner à notre grand sport national, à notre petit passement de jambe matinal, il se permet l’affront d’être serviable, poli et compréhensif. Rageant. Néanmoins, ce n’est rien comparé au grand grief que je pourrais reprocher au métro : il est horriblement cher, et son fonctionnement est… différent. En France, en tous cas d’après mon expérience, lorsque l’on achète un ticket de transport, ce dernier nous permet d’emprunter tout le système de transports en commun de la ville. A Paris ou Bordeaux, puisque ce sont les deux grandes villes que je connais le mieux, c’est un même ticket pour emprunter le métro, le tramway ou le bus et, surtout, lorsque vous achetez un ticket pour vous rendre A à un point B, rien ne vous empêche de changer de décision en cours de route, parce qu’il y a un truc vachement plus cool à faire au point C. A Bordeaux, ils sont encore plus sympas : votre ticket est valable pour une heure. Vous pouvez donc sortir du réseau, faire ce que vous avez à faire (disons, un nail art, la bise à une copine, prendre un verre, réserver un billet pour le concert de 2NE1) et reprendre le tramway dans l’heure sans avoir à acheter un nouveau ticket. Ce dernier, dans tous les cas, a un prix fixe : que vous comptiez faire quatre fois le tour de la carte ou descendre à la prochaine station, le tarif est forfaitaire. Au Japon, par contre…

Au Japon (tout comme à Bangkok), il faut acheter son ticket pour aller d’un point A à un point B. Si vous voulez aller jusqu’à C avec ce même ticket, il va falloir payer un petit plus pour vous mettre en conformité tarifaire. Vous me direz que cela est pratique, au moins cela permet de payer le juste prix. Oui, c’est vrai. C’est vrai qu’à Paris, c’est rageant de payer 1,70€ pour aller Bastille à Saint Paul (en même temps, fallait regarder le plan et pas faire la faignasse). Mais à Tokyo… le voyage coûte rarement moins de 100¥ (environ 1€ en été 2011, mais aujourd’hui nous en sommes plutôt à 110¥=1€), et dans les faits nous sommes plus rapidement proches des 230¥. Quand vous voyagez à deux, que vous n’avez pas la possibilité d’acheter de « forfaits 7 jours » (ou l’équivalent) (ou que vous êtes trop bêtes pour comprendre comment s’en procurer), que vous devez prendre le métro au moins quatre fois par jour, cela fait rapidement un sacré trou dans le budget. Je vous épargne le calcul, grosso modo cela représente environ 110€ par semaine, pour deux. Ça fait mal aux dents.

L’autre blague (et de taille) : sur les plans, les noms des stations sont ultra-majoritairement écrits en katakana. C’est pratique quand vous ne lisez que l’anglais (et le français) (et aussi un peu l’espagnol, histoire de se la raconter) (j’exagère, heureusement que Sarah lit le japonais), que vous n’avez qu’une connaissance très vague de l’organisation géospatiale de la ville, et qu’il faut en plus jongler avec deux plans de métros parallèles, qui se ressemblent beaucoup mais ne sont en fait pas du tout les même puisque deux compagnies opèrent sur le même terrain de jeu. Ah, combien de vous nous sommes-nous retrouvés à chercher la ligne de couleur jaune sur le plan, en réalité de couleur verte sur les panneaux de signalisation dans les couloirs, alors qu’en fait elle est violette pour la seule et bête raison que vous vous êtes trompés de plan. Mais ça, à la limite, c’est moins grave : cela fait partie des joies du voyage et de la découverte. Et le voyage, c’est bien connu : ça forme la jeunesse et ça use les chaussures.

Et vous ? Où vos pas vous ont-ils déjà menés ? Quelles sont vos expériences et anecdotes dans les transports en commun aux quatre coins de la planète ?

Crédit photo : Bruno (pour changer un peu)

2 commentaires

  1. Pour les transports en commun a Hong Kong, le prix du ticket depend aussi du trajet qu’on veux faire…
    Par contre les taxis ne sont pas chers du tout!

  2. A Venise, tu prends le bateau. Et si tu te mets au fond, tu sens les vibrations sur ton postérieur.

    Ça, c’est une expérience à vivre **

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